mercredi 29 mars 2017

Gomorra, Roberto Saviano

Gomorra : Dans l'empire de la Camorra par SavianoRésumé : Le lecteur est plongé en immersion dans une fresque de l’Italie, loin des clichés touristiques et culturels, pour se retrouver dans l’ombre des cités de pierres blanches napolitaines. Un endroit où les meurtres, la prostitution et les trafics en tous genres sont le quotidien d’une population abandonnée à elle-même. Un monde sans codes, ni lois, où la ligne blanche entre le bien et le mal n’existe plus… La logique de l'entrepreneuriat criminel et la vision des parrains sont empreintes d'un ultralibéralisme radical. Les règles sont dictées et imposées par les affaires, par l'obligation de faire du profit et de vaincre la concurrence. Le pouvoir absolu de vie ou de mort, lancer un produit, conquérir des parts de marché, investir dans des secteurs de pointe : tout a un prix, finir en prison ou mourir. Détenir le pouvoir, dix ans, un an, une heure, peu importe la durée : mais vivre, commander pour de bon, voilà ce qui compte. Vaincre dans l'arène du marché et pouvoir fixer le soleil. Gomorra (vous aurez saisi le jeu de mot entre Gomorre et la Camorra, qui en dit long sur l'état de la région) explore Naples et la Campanie dominées par la criminalité organisée.

Quatrième de couverture : Dans l'empire de la Camorra, Naples et la Campanie sont dominées par la criminalité organisée - la Camorra - sur fond de guerre entre clans rivaux et de trafics en tout genre : contrefaçon, armes, drogues et déchets toxiques. C'est ainsi que le Système, comme le désignent ses affiliés, accroît ses profits, conforte sa toute-puissance et se pose en avant-garde criminelle de l'économie mondialisée. Roberto Saviano, au péril de sa vie, a choisi l'écriture pour mener son combat contre la Camorra. Il met au jour les structures économiques et territoriales de cette mafia surpuissante.

Mon avis : Je ne m'attendais vraiment pas à ça. Après tout le tapage autour de ce livre, il ne correspondait à l'idée que je m'en étais faite. En réalité, il s'agit d'une enquête, d'un grand article sur les rouages économiques de la mafia. Plus que la partie criminelle (qui évidemment occupe tout de même une bonne place dans cet ouvrage), l'auteur s'intéresse au fonctionnement commercial des organisations comme de véritables entreprises. 
Il est à mentionner la polémique autour de l'auteur, accusé de plagiat qui aurait compilé plusieurs articles (écrits pas d'autres journalistes moins connus) sur différents thèmes : la place des femmes, l'utilisation des marques de luxe, etc sans citer ses sources malgré les nombreuses références du texte qui laissent penser à un gros travail de recherches. Et en dernière partie, une étude sulfureuse sur la mafia qui gère notamment le problème des déchets ménagers ou industriels. Mais d'une façon qui ne correspond pas à celle des sociétés de recyclage moderne. On enterre tout par ci par là, sans contrôle des autorités sanitaires. De nombreuses sociétés agricoles sont touchées. Les fruits et légumes qui poussent sur ces terres dévastées sont impropres à la consommation. Cette fin porte le coup de grâce. Le dernier chapitre est, littéralement, insupportable.
Il y a aussi ce débat sur le « style mi-réel / mi-fiction » » adopté par Saviano, une manière d’écrire qui plonge dans le doute par moment sur la véracité des propos qu’il défend… Ceci dit, il ne faut pas se leurrer sur le fonctionnement du Sud de l'Italie. Si tout n'est pas vérifiable, si les faits sont douteux, la mafia joue justement là-dessus pour perpétuer ses méfaits en toute impunité. La Camorra est propriétaire de la Campanie, de ses habitants, elle a un chiffre d’affaire inimaginable, négocie avec des états, des armées et les plus grandes entreprises mondiales. Elle fut la première à s’implanter en Europe de l’Est et en Chine. Roman de la rédemption ou critique du capitalisme ? La question reste ouverte.

Photo Fortunato Cerlino, Marco D'Amore, Salvatore EspositoPour aller plus loin : Je n'ai pas vu le film éponyme adapté de Matteo Garrone qui a remporté le Grand Prix du Festival de Cannes en 2008. Toutefois, la série à succès inspirée du livre, n'a à mon sens pas grand chose à voir avec l'univers du livre. Au programme : action et vendetta. Ceci dit, la plongée dans l'univers napolitain est bien plus emblématique (n'en déplaise au maire) puisque la série est tournée dans ce dialecte. Aussi, je trouve qu'elle vaut le coup ne serait-ce que par ce qu'il s'agit d'une série divertissante mais aussi intelligente.

samedi 25 mars 2017

Tuto Make Up express

Le matin, avant de partir au travail/en cours, on est toujours pressé. Mais il y a des jours où c'est encore pire que d'habitude. Pour autant, vous ne voulez pas paraître négligé(e). Je vous donne la recette pour un maquillage rapide et simple pour tous les jours. Au fur et à mesure, certains gestes deviendront des habitudes et vous serez de plus en plus habiles et rapides à les effectuer.

1- Pour le teint, vous pouvez appliquer une BB crème pour apporter de l'hydratation à votre peau tout en l'unifiant. Si vous n'avez pas trop d'imperfections, vous pouvez juste appliquer du correcteur sur les zones concernées. 
2- Appliquer un fard beige irisé sur l'ensemble de la paupière mobile (Chantilly lace, Sephora). 

3- En creux de paupière, appliquez un bronze scintillant (n°1422 Brun, Agnès B) pour apporter de la profondeur à votre regard. 

4- En coin externe, on applique un fard marron foncé (Hot cocoa, Sephora) pour intensifier le make up. Vous pouvez aussi en mettre en ras de cils inférieurs pour souligner le regard. Moi, j'ai choisi de zapper cette étape. Pas d'eye-liner non plus, c'est pas le moment de rater son trait. Le mascara, vite ! vite !

5- Sur la bouche, choisissez un beige irisé assez discret. On ne verra pas si vous débordez un peu.

Je me demandais si vous seriez éventuellement intéressé(e)s par des tuto sur une semaine ? Est-ce que vous voudrez voir un tuto par jour pour vous montrer comment se maquiller de manière différente et assortis à sa tenue du jour ? Si vous êtes pour, n'hésitez pas à me le faire savoir.
 
Produits utilisés pour ce make up :
Correcteur de peau zéro défaut, Couleur Nature, Teinte R515 "Beige moyen ", Yves Rocher
Palette Wonderful dreams, Sephora
Fards duo "n°1422 Beige et Brun", Agnès B
Mascara Luminelle, Yves Rocher 
Rouge à lèvres Sublime, n°102, Gemey Maybelline

mardi 21 mars 2017

Rouge à lèvres, Sephora

Rouge à lèvres Mat, teinte n°R23 "Crush

Toute beauté addict le sait, la marque Sephora est un bon plan en soit. Les produits sont plutôt de bonne qualité, bon marché et très tendance. Comme à chaque saison, les packages changent et les couleurs sont plus nuancées. Les rouges à lèvres Sephora sont déclinés en plusieurs finis : mats, satinés, irisés... Vous le savez, la gamme de coloris est vaste (24 teintes pour les crémeux, 19 pour les mats...) et pour cette fois, j'avais envie d'une couleur mate, très foncée, qui fassent ressortir mes lèvres. J'ai donc choisi cette couleur violine qui était parfaite pour cet hiver, aussi bien en journée qu'en soirée (la pastille ronde est très utile pour choisir la teinte d'ailleurs). Et le résultat est là puisqu'en un seul passage, il fait le job. La couleur est ultra pigmentée.

Comme toutes les couleurs foncées, l'application est une étape délicate, il ne faut pas déborder. Cette étape est un peu plus difficile si on met un baume avant, la matière a tendance à filer entre les ridules des lèvres. Mais on peut facilement faire des retouches durant les premières secondes de la pose, puis la texture sèche et vous ne sentez plus rien, comme si vous ne portiez pas de rouge à lèvres ! C'est plutôt agréable d'autant que dans la journée, on ne vérifie pas si le rouge à lèvres a débordé.

Le package noir et sobre est très élégant et très féminin. Le tube est légèrement aimanté ce qui évite de perdre le capuchon dans le sac à mains, ça c'est top. Le pastique est assez solide, il ne fait pas trop bon marché.

La tenue est plutôt longue durée pour les mates. Encore une fois, Sephora fait aussi bien que les grandes marques. Il est même un peu difficile à retirer à l'étape du démaquillage. Là où le bas blesse, c'est qu'il a tendance à marquer les ridules des lèvres. De plus, il a malheureusement tendance à assécher les lèvres (à vos baumes avant application même si du coup le fini mate en prend un coup). Côté hydratation, il ne tient pas du tout ses promesses malgré la présence de beurre de karité dans la formule (en trop petite quantité ?). Porté seul, ma bouche met une semaine à s'en remettre pour une journée de port seulement... C'est vraiment pas glamour et c'est pour moi le gros point noir de ce produit. J'ai dû tester plusieurs baumes avant de trouver celui qui matchait bien avec. Depuis, ça va mieux et je le porte très souvent.

Son Prix : 10, 95 €, je le trouve un poil cher pour un rouge à lèvres Sephora mais en période de promotions, ça peut valoir le coup

vendredi 17 mars 2017

Le Prince, Machiavel

Le Prince par Machiavel Résumé : Féru de politique, Machiavel recherche le bon gouvernement et avec lui le juste dosage d'une souverain qui saurait trouver le bon équilibre entre la crainte qu'il inspire et l'amour de ses sujets, établi un peu dans l'urgence, en exil en 1513. A l'image de son modèle, César Borgia, être un bon gouvernant n'a pas grand chose à voir avec le caractère du personnage mais de savoir comment bien gouverner et donc de "garder" son royaume à l'abri des révoltes et des attaques ennemies. Pour un prince, donc, il n'est pas nécessaire d'avoir toutes les qualités susdites, mais il est tout à fait nécessaire de paraître les avoir. Cette réflexion n'a donc rien de "machiavélique". Pour lui, aucun conflit entre morale et bonne politique. Toutefois, le point de morale s'exerce sur le gouvernant qui ne doit pas avoir acquis sa principauté "par des moyens indélicats". Le Prince s'adressait en vérité au peuple pour l'avertir des stratégies utilisées par les tyrans. Œuvre géniale dans son ambiguïté, Le Prince peut donc être lu soit comme un traité de gouvernement à l'usage du despote, soit comme un ouvrage de science, voire comme une critique déguisée du despotisme.


Mon avis : Au fil du temps, Machiavel a acquis une réputation un peu exagérée. Voilà pourquoi : il faut bien avoir à l'esprit que son style est caractéristique du XVIème siècle et n'a donc rien d'exceptionnel. Toutefois, si on lit son oeuvre au premier degré, avec notre regard contemporain et anachronique, effectivement, il y a de quoi sourire. 
La thèse de Machiavel veut que finalement, la crainte n'est pas si différente de l'amour car le vrai contraire de la peur est la haine. Il ne désapprouve pas la violence quand elle est privée. Il est à noter que l'insécurité est un défi à l'autorité du prince, à l'image de la soumission de la Romagne à César Borgia. Dans le dernier chapitre de son traité, Machiavel appelle de ses voeux un prince qui délivrerait l'Italie des Barbares, français et espagnols ; non pas qu'il fasse référence à l'Italie comme nation, c'est beaucoup trop tôt, mais comme race commune face à l'étranger. Oui, c'est de la xénophobie comme c'était courant à l'époque à l'égard de "l'autre". En ce sens, le peuple en Italie représente la civilisation et tous les autres sont des barbares. Aussi, pas d'originalité de Machiavel dans son propos, ni dans la forme (d'autres auteurs de l'Antiquité ont établi des traités politiques bien connus tel que Thucydide et Philippe de Commyres) mais du style. Il ne dit pas ce qui devrait être mais ce qui doit être. L'emploi de ce ton autoritaire est étonnant. Surtout lorsqu'on sait qu'il adresse son traité directement à Laurent de Médicis. S'il se place en tant que conseiller, c'est un peu dangereux de "faire la leçon" à ce Médicis pour qu'il conserve le pouvoir. N'oublions pas que Machiavel est soupçonné d'avoir participé à la conjuration de Boscoli. Le Prince, dédié à Laurent de Médicis, est pour lui une tentative de retrouver une place dans la vie politique de Florence.
Par ailleurs, il étaye son propos politique de nombreux exemples contemporains tels que ceux de Milan, Venise ou Ferrare pour illuster à Laurent ce que sont les bons ou mauvais comportements à adopter. Ex: "Celui qui fait la puissance d'un autre fait en même temps sa propre ruine".

Pour aller plus loin : 
Le texte de Machiavel est très court, à peine une centaine de pages. Il s'agit d'un traité, ne l'oublions pas. Pour ne pas rester sur sa faim, on peut compléter sa lecture des autres écrits politiques du même auteur : l'Art de la guerre, Histoires florentines, etc... qui apportent plus de détails à ses thèses en prenant toujours exemple sur les traités de la Rome Antique et notamment sur Tite-Live.
Je trouve la réflexion de Machiavel toujours aussi moderne et débordante d'actualité. Aujourd'hui, on donne bien des cours de management : comment ménager la chèvre et chou ? Comme se faire craindre et se faire aimer de ses subordonnés ? Je vous  épargnerai un livre de  développement personnel du parfait chef de personnel, vous avez compris le principe.

lundi 13 mars 2017

Lip Vinyl Lust For Lacquer, Marc Jacobs


Brillant à lèvres ou pour les anglophones : Lip Vinyl Lust for Lacquer (oui ça sonne toujours mieux)
teinte 206 "Fame"

Cela faisait très longtemps que je ne vous avais pas parlé d'un produit pour les lèvres. Comme vous l'avez vu lors de mes dernières soldes, j'ai fait le plein et jeu vous avais promis de revenir sur ces produits pour vous donner mon avis. Sachez que parmi la composition, on retrouve l'huile de pépins de raison. En gros, pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais ça ne dessèche pas vos lèvres et c'est déjà beaucoup. Ce rouge est décliné en deux gammes : une translucide (plus gloss quoi) et une autre à la couleur plus intense, enrichie en pigments, celle que j'ai choisie.

J'ai choisi une couleur idéale pour cette période de l'année je trouve : pas encore le printemps et toujours un peu l'hiver. Cette teinte brique, assez foncée et sans nacres, est très féminine. Pour celles qui n'osent pas le rouge, c'est une bonne alternative. Et puis, le fini laqué adoucit quelque peu le côté dramatique du maquillage.

L'application avec l'embout mousse un peu tordu est très facile, même pour les nuls. Résultat une bouche à l'effet glamour en quelques secondes. Elle est comme repulpée. L'effet mentholé sur les lèvres doit y être pour quelque chose... Très frais, Rassurez-vous, l'aspect rafraichissant sur les lèvres ne dure pas longtemps et on s'y habitue assez facilement.

Comme tous les brillant à lèvres, la tenue n'est pas son fort. Au bout de quelques heures, la couleur s'estompe et seul le fini "brillant" reste, un peu comme un gloss coloré (vous voyez le contraste sur ces deux photo sur le rendu brillant en fonction de la lumière). C'est un peu dommage au vu du prix et de la marque qui est gageure de qualité mais cela n'a rien d'étonnant pour ce produit. Attention, ceci n'est pas un gloss et donc vous l'aurez compris : il ne colle pas. C'est génial puisqu'il est assez agréable à porter même si vous aurez l'impression de ne plus rien avoir sur la bouche au premier verre d'eau bu.

Le package est top, comme tous les produits Marc Jacobs : avec son élégant capuchon noir à la forme mi-ovale, mi-aplatie (et qui facilite la prise en mains).

Son prix : 27 €

jeudi 9 mars 2017

Le cut-crease, une tendance qui se confirme

Le cut-crease, une tendance qui se confirme

Après les déferlantes du contouring, du strobing, des sourcils wild et du rouge à lèvres ultra dark, que nous réserve 2017 en matière de maquillage ? Si vous voulez être à la pointe de la mode make-up, vous voudrez forcément vous faire un "cut-crease" pour parfaire votre look. Si vous ne savez pas encore ce que c'est, ça ne saurait tarder. Mieux, je vous en parle un peu dans cet article :

Le but du cut-crease est de sculpter la paupière. Cette technique de maquillage des yeux consiste à accentuer le creux de la paupière à l’aide d’un fard sombre et à faire ressortir la partie bombée en appliquant un fard clair et irisé pour accrocher la lumière. Un trait d’eye-liner ou d’ombre à paupière foncée au ras des cils vient parachever l’ensemble, faisant paraître les yeux plus grands et en amande. On est d'accord, c'est un terme un peu compliqué pour un maquille que certaines pratiquent au quotidien sans même savoir ce que c'est. Le cut-crease peut être plus ou moins estompé pour créer un effet fondu ou au contraire très graphique. Les démarcations demeurent néanmoins toujours visibles, ce qui différencie le cut-crease du smokey eye.
 
A ne surtout pas faire : évitez d’utiliser des fards à paupières mats, au risque d’alourdir et de plomber le regard. Privilégiez les textures légèrement irisées ou même métallisées, pour un maquillage de soirée par exemple.

Vous l'aurez compris, ce mot qui pourrait faire peur au néophyte n'est qu'une tendance de plus mais qui finalement est bien plus abordable qu'on ne le pense. D'ailleurs, cette année pour les fêtes, je vous en avais proposé deux versions. Je vous invite à les consulter ou à les revoir pour avoir quelques exemples du résultat : 


samedi 4 mars 2017

Les Borgia, Marcel Brion

Les Borgia : Le Pape et le Prince par BrionRésumé : Le seul nom des Borgia évoque encore l'inceste, l'orgie, le trafic d'indulgences, le poignard et le poison et tout ce qu'ils ont pu posséder de qualités (la hauteur de vues et l'habileté politique d'Alexandre, l'énergie et le courage de César, le charme et le raffinement de Lucrèce) a été comme occulté. Marcel Brion s'est attaché à rétablir leur réputation dans le contexte socio-culturel de la Renaissance.

Quatrième de couverture : Orgies, népotisme, concussions, meurtres politiques ou privés, licence sexuelle et incestes, il n'est pas un scandale qui n'ait pas été associé au nom des Borgia. Entretenue et grossie par les calomnies de leurs ennemis politiques, une légende noire s'est créée autour du pape Alexandre VI et de ses enfants, César et Lucrèce Borgia. C'est oublier que toute l'Italie fut elle-même gangrenée par la décadence des mœurs. Historien et romancier hors pair, Marcel Brion s'est attaché à replacer l'histoire de cette famille dans son siècle, et faire ainsi la part du mélodrame et de la vérité historique.

Mon avis : Biographe sérieux et reconnu, Marcel Brion rétablit ici à sa juste valeur l'histoire des Borgia, tout en nuance, c'est-à-dire en retraçant les faits sans en faire les monstres qu'on pense, ni en adoucissant leurs traits. Partant de leur réputation parfois injuste et souvent établie par leurs adversaires, basée le plus souvent sur les écrits de Burchard, valet au Vatican dont la rancœur noircit un peu les faits, l'auteur replace tout dans leur contexte historique ; c'est-à-dire qu'il place l'illustre famille non pas face à une moralité absolue (comme de nos jours où tout est bien policé face à la violence et au sexe) mais dans une moralité contextuelle soit à cet endroit, à cette époque, dont les mœurs et les vertus n'étaient somme toute pas aussi puritaines qu'aujourd'hui. Aussi ces hommes violents et sensuels n'étaient-ils ni mieux, ni pires que leurs contemporains mais ce sont trouvés à faire des choix pour leur survie face à leurs adversaires qui auraient bien fait la même chose à leur place. Ce qui distingue les Borgia des autres familles, c'est cette aura qui les entoure, cette lutte permanente pour le pouvoir que d'autres ont déjà eu avant et poursuivront après. Visionnaires, fins politiques et diplomates, ils sont su prévoir l'avenir de l'Italie unifiée, un peu trop tôt pour leurs contemporains. Je regrette encore que l'auteur ne s'axe pas davantage sur les principaux intéressés.
Ajoutons à cela que Marcel Brion n'argumente pas ses propos. Il a sa propre opinion, celle que les Borgia n'étaient pas pire que les autres. Il assène cette « vérité » tout au long du bouquin, et lorsqu'il rapporte des avis divergents du sien, il les écarte sans se donner la peine d'expliquer pourquoi dans le détail, se contentant de se rattacher à sa vision des personnages étudiés et des mœurs de l'époque. Et lorsqu'il ne veut pas se mouiller sur un sujet particulièrement épineux, ce qui est très fréquent vu la multitude de choses écrites et rapportées sur les Borgia, il expose les différents avis et surtout ne tranche pas. Le livre est construit en partie chronologiquement et en partie thématiquement. À vouloir parler de la famille Borgia de façon générale et à les intégrer dans l'ensemble plus largue qu'est l'Italie des micro-États dans un livre peu volumineux (moins de 400 pages), Marcel Brion a survolé beaucoup de points qui, pourtant, m'auraient beaucoup intéressée. Je trouve par exemple qu'il ne parle pas du tout assez de Lucrèce. Quant à Michelotto, Vanozza ou Giulia Farnese, il n'en dit quasiment rien. Enfin le mystère "de l'enfant romain" n'est évoqué qu'en Appendice et aurait mérité lui aussi d'être développé pour les néophytes.

Afficher l'image d'originePour aller plus loin : Marcel Brion est un historien et biographe dont la réputation n'est plus à faire. Je vous conseille donc d'aller lire l'histoire des plus illustres personnages décrits sous sa plume, de Machiavel en passant par les Médicis. Pour aller plus loin concernant les Borgia, je vais plutôt me tourner vers le Prince écrit par Machiavel, librement inspiré de Cesare Borgia et dont je vous parlerai prochainement.